Le constat

Le constat

Les rédactions des médias français sont loin de refléter la diversité sociale de la société française. Une situation notamment due au recrutement des écoles de journalisme.

Il n’y a pas de statistiques fiables en la matière. Pourtant, chaque journaliste en fait l’expérience quotidiennement : les rédactions ne sont pas à l’image de la société française. La prise de conscience a été longue et le mouvement semble enfin s’accélérer. L’audiovisuel public a mis en place une politique ad hoc avec la signature de chartes pour la diversité sociale et culturelle; une vingtaine de grandes entreprises de presse et de télévision (AFP, TF1, Le Monde, etc.) ont adopté un « manifeste en faveur de pratiques de recrutement plus équitables ».

Les 14 écoles de journalisme reconnues par la profession ne forment que 16% des nouveaux détenteurs de la carte de presse. Mais leurs anciens élèves sont surreprésentés dans les rédactions des grands médias généralistes. Membres de la Conférence des grandes écoles, le CFJ et le CELSA sont soumis à l’objectif de 30% de boursiers par école fixé il y a cinq ans par le gouvernement. Une barre symbolique difficilement atteinte. En termes de diversité culturelle, la situation n’est guère plus flatteuse. Ici aussi, les statistiques manquent. « Mais en traversant les amphis pendant les concours, on voit bien qu’il y a un problème », témoigne un directeur des études qui reconnaît ne voir souvent « qu’un ou deux candidats noirs à l’oral ».

Comment développer la diversité dans les médias ?

Un temps remis en cause, notamment par l’attribution du diplôme des écoles à des étudiants en filière d’apprentissage recrutés sur dossier et sur critères sociaux, le concours est redevenu un passage obligé pour les apprentis-journalistes souhaitant intégrer une école. Reste à s’assurer que tous les jeunes aient les mêmes chances de le réussir. Les freins, notamment matériels, restent nombreux : la durée et le coût des études découragent les plus modestes (4 des 14 écoles, dont les plus prestigieuses, sont privées). L’émergence et le développement de prépas privées, à la fois très coûteuses et relativement efficaces, creuse encore le fossé entre les candidats selon leur origine sociale.

C’est en partant de ces constats que des anciens étudiants du CFJ ont décidé en 2007 de lancer l’opération « Chance aux concours ». Avec un taux moyen de réussite supérieur à 60%, la Chance aux concours a fait la preuve de son efficacité d’un point de vue pédagogique. Mais son action ne se limite pas à la préparation des épreuves. La Chance aux concours informe les jeunes sur les métiers du journalisme et les oriente dans leur cheminement vers cette profession. Ses anciens étudiants sont épaulés dans leur recherche de stages, piges ou tout autre contrat leur permettant de mettre un pied dans la profession. La Chance aux concours assume cette forme de « cooptation positive » et s’efforce, à sa manière, de rétablir une forme d’équilibre, en offrant le soutien de son réseau de professionnels à ses anciens élèves. Ils sont près de 80% à souligner que le réseau est l’un des apports majeurs de la Chance aux concours, avec la méthodologie et la confiance en soi.